Sceau de l'abbaye de Sainte Croix de Quimperlé propriétaire de l'île durant cinq siècles.
À l'époque romaine, elle est appelée isulae Veneticae (en
latin île des
Vénètes) par
Jules César et Vindilis par le géographe
Ptolémée, ce qui a donné Gwezel ou Gwedel en
vieux-breton (l'étymologie est discutée), dénomination qui a disparu au profit de Gerveur à la fin du
Moyen Âge. Elle est rebaptisée île de l'Unité sous la
Révolution française puis Île Joséphine sous
Napoléon Ier, avant de retrouver ses noms traditionnels "ar Gerveur" en breton et "Belle-Île" en français.
Belle-Île a été très tôt séparée du continent, vers 6000 ans avant notre ère, contrairement à ses voisines
Houat et
Hoëdic qui étaient encore reliées, à cette époque, par une chaussée. L'île est malgré tout occupée dès le néolithique mais on trouve peu de traces remontant à cette époque, peut-être à cause de la mauvaise qualité du schiste local. À l'
Age du bronze, le nombre de sépultures semble traduire une augmentation de la population ; c'est sans doute la conséquence du développement de la navigation propre à cette période. Durant l'
Âge du fer, plusieurs éperons sont fortifiés sur la Côte Sauvage, dont le plus important (5 hectares) se trouve sur la presqu'île du Vieux Château au Nord Ouest de l'île.
Des découvertes de monnaies et de tuiles attestent que Belle-Île fut occupée durant l'
époque gallo-romaine. L'île à cette époque était désignée sous le nom de Vindilis. À la chute de l'
Empire romain, Belle-Île fait partie, comme la
Basse-Bretagne, des terres colonisées par les bretons venus d'Outre Manche.
Au
IXe siècle, Belle-Île appartient au comte de
Cornouaille (en Bretagne). Celui-ci, pour relever l'île dévastée par les invasions des
Vikings, la cède aux
Bénédictins de
Redon. L'île prend alors le nom breton de Guedel. L'île change de nouveau de propriétaire en 1029 : le
comte de Cornouaille confie, pour des raisons politiques, l'île aux Bénédictins récemment installés à
Quimperlé. La gestion de l'île est déléguée à un prévot qui dispose du pouvoir spirituel et temporel (droit de basse, moyenne et haute justice qui s'exerce tantôt à Belle-Île tantôt à
Quimperlé). En 1408, la justice n'est plus exercée qu'à
Quimperlé; deux officiers sont désignés par l'abbé de Quimperlé : l'"official" gère le spirituel et le "commandant" a en charge le temporel de l'île ainsi que la défense des côtes. L'île est constamment la cible, à cette époque, de pirates des régions voisines (Saintonge, Charente) ou de pays plus lointains (Hollande, Angleterre).
En 1548,
Henri II décide que cet emplacement stratégique doit être fortifié. Mais, malgré les injonctions royales, les fortifications avancent lentement. Les moines toujours propriétaires de Belle-Île avancent que les revenus dégagés sont insuffisants pour financer les travaux demandés. Belle-Île est alors cédée à
Albert de Gondi favori de
Catherine de Médicis. Belle-Île est pillée par les Espagnols en 1567, puis en 1573 par
Gabriel de Montgomery, chef militaire protestant.
La terre de Belle-Île est érigée en marquisat en 1573 et est désormais le siège d'une
sénéchaussée. Les
Gondi commencent l'édification d'une forteresse au Palais. L'île connaît une certaine prospérité grâce à ce chantier. Mais les finances des
Gondi, très dépensiers, périclitent. Le
cardinal de Retz, dernier propriétaire, frondeur et donc discrédité auprès du roi
Louis XIV, doit céder l'île qui est reprise en 1658 par
Nicolas Fouquet alors en faveur. Après avoir lancé d'importants travaux (construction d'une jetée, début d'un chantier d'agrandissement du port, ...) Fouquet tombe, trois ans plus tard, en disgrâce. La citadelle est située à la droite de l’entrée du port, en face de la ville de le Palais. La citadelle est un grand carré irrégulier auquel ont été rajoutés régulièrement des bastions qui lui ont donné une forme d’étoile.
Vauban est dépêché à Belle-Île en 1682 pour vérifier l'état des fortifications. Il constate que l'emplacement choisi pour la forteresse n'est pas approprié car dominé par plusieurs positions alentour. Faute de moyens, il se contente de faire aménager ce qui existe : renforcement de l'enceinte, suppression du quartier du haut Boulogne situé sur le
glacis Ouest de la forteresse. Mais les principales améliorations demandées par
Vauban ne sont pas réalisées : construction de défenses suffisantes le long de la plage des Grand Sables qui constitue un lieu de débarquement idéal, construction d'une enceinte entourant la ville du
Palais.
En 1686, les troupes de la coalition anglo-hollandaise tentent de débarquer sur la plage des Grands Sables mais sont repoussés. Un stratagème, qui fait croire que l'île est défendue par des troupes nombreuses, dissuade les assaillants de poursuivre leurs tentatives de débarquement. En 1718, l'île est rachetée au petit-fils de
Nicolas Fouquet et est rattachée directement au
domaine royal. En 1720, l'île est confiée à la
Compagnie des Indes :
le Palais et
Sauzon deviennent des ports francs. Les malversations qui s'ensuivent conduisent le roi à confier l'île à des
fermiers généraux jusqu'en 1759 puis à compter de cette date à la province de Bretagne.
Un plateau intérieur cultivé avec une bande côtière en friche.
Durant la
guerre de Sept Ans, la flotte française subit la loi des Britanniques. La
bataille navale des Cardinaux (à l'est de
Hoedic) assure aux Britanniques la suprématie dans les eaux locales. En 1761 les Britanniques débarquent dans l'île sur la plage des Grands Sables. Des redoutes sont rapidement construites sur les hauteurs du
Palais mais n'arrivent pas à contenir les attaquants : les envahisseurs peuvent installer leurs batteries de canon sur les hauteurs face à la citadelle. Au bout de 3 semaines, l'enceinte principale ayant été mise bas, la citadelle doit se rendre. Les Britanniques occupent l'île (18 000 hommes
[réf. nécessaire] pour 5 000 habitants) jusqu'au
traité de Paris en mai 1763 qui consacre la domination britannique sur les mers : les Britanniques restituent Belle-Île contre Minorque. À partir de
1765, 78 familles d'
Acadiens, rescapés du
grand dérangement s'installent à Belle-Île. Depuis ils sont restés sur l'île, et la plupart des familles îliennes ont des Acadiens parmi leurs ancêtres.
Pour faciliter le redressement de l'île et encourager les colons et les Acadiens à cultiver la terre, des concessions valant titre de propriété sont attribuées (dix hectares de terres labourables, une maison, une aire à battre, une grange). C'est l'occasion de la levée d'un
cadastre bien antérieur au premier cadastre napoléonien. Le résultat de cette politique est un demi-échec (la moitié des Acadiens repartent dans différentes régions de France), mais la population croît d'un millier d'habitants jusqu'à la Révolution.
Durant la
Révolution française, l'île est un enjeu important dans la lutte contre les Britanniques mais n'est jamais attaquée. Ses fortifications sont à l'époque et jusqu'en 1870 régulièrement modernisées.
Dès
1902, le
Ministère de la Justice achète à Belle-Île la ferme de Bruté et la transforme en « colonie agricole et maritime »,
bagne pour enfants « délinquants ». Malgré une célèbre révolte des enfants en
1934, qui révéla au monde entier les conditions de détention, le bagne ne fut définitivement fermé qu'en
1977[1].
Jacques Prévert[2] et
Marcel Carné (
La Fleur de l'âge) ont rendu un vibrant hommage aux jeunes héros de cette période sombre de l'histoire de Belle-Île.
Comme dans le reste de la Bretagne, la pêche sardinière se développe rapidement dans la seconde moitié du
XIXe siècle. En 1855 on compte dix usines sardinières à Belle-Île. Le développement de la flottille de pêche entraîne en 1911 l'ouverture d'un chantier naval qui emploie une centaine de personnes. La population croît fortement jusqu'à atteindre 11 000 habitants en 1872. Vingt ans plus tard s'amorce le déclin à la fois démographique et économique dû en partie à l'épuisement des ressources halieutiques mais également à une modification des circuits de commercialisation.
À la fin du
XIXe siècle apparaissent les premiers touristes attirés par le charme de l'île :
Claude Monet,
Sarah Bernhardt,
Albert Roussel. Aujourd'hui le tourisme est une des principales sources de revenus de l'île.
Vers 1890, la compagnie de navigation à vapeur "la Belle Iloise" établit une relation régulière avec Auray. Aujourd'hui c'est la Compagnie morbihanaise et nantaise de navigation qui effectue la desserte de l'île depuis Quiberon en 45 minutes à raison de cinq allers-retours hors saison, portés à une dizaine durant la période estivale.
La citadelle du Palais, qui depuis la fin du
XIXe siècle n'était plus un lieu stratégique, ainsi que les fortins dispersés sur la côte sont vendus à des particuliers.
La citadelle est située à la droite de l’entrée du port, en face de la ville de le Palais. La citadelle est un grand carré irrégulier auquel ont été rajoutés régulièrement des bastions qui lui ont donné une forme d’étoile. La citadelle est construite en granit. La citadelle etait une prison pour les officiers allemands pendant la guerre de 1914-1918. Elle fût occupée par les troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale. Elle regroupe maintenant des vestiges de son histoire mouvementée dans des bâtiments du style Louis XIII.
Belle-Île est aujourd'hui une destination de vacances très courue. Ses ports attirent à la belle saison de nombreux
plaisanciers qui font passer la population de l'île de 5 000 personnes l'hiver à 41 000 en été.